Nos vies adultes
01/12/2026
Le déclassement
Voici un film qui parle d’une spécialité française : l’enseignement professionnel comme voie de garage de la filière normale qui conduit à des études supérieures. Arrivé en fin de quatrième, les cancres et autres inadaptés au système scolaire se voient poussés vers un lycée professionnel pour y apprendre la coiffure pour les filles, le serrage de boulons pour les garçons, et ce, sans qu’il soit attendu que l’élève adhère à ce projet.
Dans Nos vies adultes, Alexandre Hilaire parle de sa propre expérience quand, dans les années 1990, il a bifurqué contre son gré dans le lycée professionnel situé dans la zone, à l’extérieur de la petite ville d’Ardèche qu’il habitait alors.
Le matériau mémoriel sur lequel il s’appuie pour son regard rétrospectif, c’est un petit film de fiction qu’il avait réalisé là, avec ses camarades de classe : Meurtre noir, un polar dans lequel des lycéens sont assassinés les uns après les autres. Sans aller jusqu’à estimer son orientation comme un assassinat social et en y apportant même quelques nuances, le réalisateur revient sur place pour évaluer auprès des intéressés leur sentiment de déclassement.
NOS VIES ADULTES
NOS VIES ADULTES
d'Alexandre Hilaire (2024 - 52')
En 1997, Alexandre a 17 ans. Il est en BEP Électronique à Tournon-sur-Rhône, en Ardèche. Passionné de cinéma, il n’a pas choisi cette orientation. Il tourne alors un thriller, Meurtre noir, avec des élèves du lycée. Vingt-sept ans plus tard, il retrouve ces images et part à la rencontre de ceux qui avaient participé au tournage : que sont-ils devenus ? Quel regard portent-ils sur leurs années BEP ? En miroir de ces retrouvailles, Alexandre va à la rencontre des élèves d’aujourd’hui, entre les murs du lycée professionnel.
>>> un film produit par Jean-Baptiste BONNET, Habilis Productions
〝Je sais aujourd’hui que ces années de lycée professionnel m’ont construit et ont certainement façonné une part de mon identité, de ma vision du monde.〞
Mal d'orientation
Mal d'orientation
Alexandre Hilaire se remémore l’élément fondateur de son parcours qu’a été l’atelier vidéo de son lycée professionnel et explique comment une orientation scolaire par défaut l’a marqué à vie, lui comme ses camarades.
À l’origine de ce documentaire, il y a mes souvenirs au lycée professionnel de Tournon, en Ardèche, où j’ai passé mon BEP Électronique à la fin des années 1990. Un lycée presque exclusivement masculin, situé en périphérie de cette petite ville de 11 000 habitants où il n’y avait rien, à part un immense stade et le fabricant de caravanes Caravalair. Issus de milieux populaires, nous étions à l’écart des trois établissements d’enseignement général.
J’avais été relégué en lycée pro, mais j’espérais pouvoir réintégrer la filière générale et passer un BTS Audiovisuel. Je m’ennuyais beaucoup en cours, je ne me sentais pas à ma place. Faire des films était ma seule obsession. C’est comme ça qu’entre midi et deux, dans l’atelier vidéo du foyer du lycée, je me suis mis à bricoler Meurtre noir, un petit thriller hitchcockien à propos de meurtres d’élèves au sein du lycée.
Je sais aujourd’hui que ces années de lycée professionnel m’ont construit et ont certainement façonné une part de mon identité, de ma vision du monde. Avec Nos vies adultes, j’ai voulu rassembler le puzzle de cette jeunesse fracturée, mise à la marge, souvent invisibilisée. J'ai aussi voulu rencontrer des élèves du lycée pro d’aujourd’hui pour connaître leurs rêves, leurs espoirs et leurs parcours. Cette filière, souvent mal perçue, peut pourtant être salvatrice pour des élèves qui se découvrent un talent, un goût pour le travail manuel.
Alexandre Hilaire
Alexandre Hilaire
Originaire de l’Ardèche et autodidacte, Alexandre Hilaire intègre en 2015 l’atelier documentaire de la Fémis. Il réalise des portraits documentaires et des courts métrages de fiction. Il entame un travail autour de l’adolescence en marge, des rapports de classes et des milieux modestes, à travers des documentaires et le long métrage de fiction L’Égaré, développé à l’atelier scénario de la Fémis.
Décider de son avenir
Décider de son avenir
FRANCE INTER 🎧 (2025-36') >>> Podcast, Le téléphone sonne. À 15 ans, on est à peine entré au lycée que déjà se dessine une trajectoire marquée par des choix décisifs : enseignements de spécialité, orientation future, et Parcoursup en ligne de mire. Une pression précoce qui soulève une question clé : est-ce trop tôt pour décider de son avenir ?
UNSA 📝 (2020) >>> Voie technologique : entre classes d’élites et voie de garage
COUR DES COMPTES 📝 (2025) >>> L’orientation au collège et au lycée, rapport public 2025. 363 diplômes professionnels niveau CAP et baccalauréat. 23 000 formations supérieures proposées dans Parcoursup. 35 % de collégiens et 25 % de lycéens se disent insatisfaits des informations et conseils reçus en établissement ou au CIO pour s’orienter. Près de 20 % des bacheliers qui poursuivent leurs études regrettent leur choix d’inscription.


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