Paludiers... au féminin

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On le sait, la condition physique, la force mentale et les capacités intellectuelles n’ont pas grand-chose à voir avec le genre. Pourtant il est encore des secteurs où les femmes doivent redoubler d’efforts pour le rappeler. Le marais salant, dans une certaine mesure, en fait partie.

Avec Paludiers… au féminin, Sophie Averty met en lumière trois femmes aussi sereines que déterminées, sur fond de paysages délicats et de sonorités hypnotiques.

Trois femmes qui ont tracé leur sillon à renfort d’ardeur bien sûr, mais aussi de technique, d’organisation et d’esprit collectif. Trois femmes éprises d’un métier aussi riche que le milieu naturel exceptionnel qu’il modèle.

FILM

PALUDIERS... AU FÉMININ

de Sophie Averty (2023 - 26')

En 1950, dans les marais salants de Guérande, le terme paludière ne désignait encore que les épouses de paludiers, travaillant sans statut, dans l'ombre de leur mari. Aujourd'hui, elles sont 15% à la tête de leur propre exploitation. Dominique, Véronique et Morgane témoignent de l'évolution de leur place dans une profession encore majoritairement masculine. Trois parcours, trois générations, une même passion pour leur métier et pour ces 2000 hectares de paysage classés zone protégée.

>>> un film produit par Emmanuelle JACQ, Mille et Une Films

Tous les métiers devraient pouvoir être faits par un homme ou une femme.

Extrait de Paludiers... au féminin
ENTRETIEN

Trois générations, trois parcours

La réalisatrice Sophie Averty revient sur son intérêt à traiter la place des femmes aux marais et sur ce qui la fascine dans ces paysages si singuliers.

photo archive

Comment en êtes-vous venue à documenter le métier de paludière ?

En 2021, j’ai réalisé Un peu de la beauté du monde, un documentaire sur les années de lutte pour sauver les marais salants de Guérande et le métier de paludier·ère. Ce film donne la parole aux pionniers qui se sont installés dans les marais dans les années 1970 et témoigne de leur lutte contre un projet de rocade qui devait contourner la chic station balnéaire de La Baule et menaçait les marais. Lors de mes repérages, j’ai rencontré une jeune paludière, récemment installée. Elle m'a fait part des difficultés rencontrées auprès de certains de ses collègues masculins qui, ne la pensant pas capable de gérer une exploitation, refusaient de lui vendre les quelques œillets (bassins rectangulaires d'où le sel est extrait) qu'elle convoitait. J'ai aussi constaté, en visionnant les images d'archives, qu'à de rares exceptions, si les femmes n'étaient pas absentes des marais, elles ne prenaient pas souvent la parole.

Paludiers - Averty - gabarit

Deux faits m'ont ensuite confirmé cette intuition initiale. D'abord à l’issue des projections du film en festivals, à de nombreuses reprises on m'a demandé quelle était la place des femmes dans les marais salants, hier comme aujourd'hui. Puis, Dominique Perraud, la femme de Charles, l'un des personnages du documentaire, m’a confié regretter le peu de place faite aux femmes dans le récit des luttes des pionnier·ère·s alors qu'elles se sont pourtant battues avec eux. Les tournages sur Un peu de la beauté du monde m'ont permis de rencontrer plusieurs générations de femmes qui ont un regard sur leur place au marais, sur la manière dont cette place a évolué, mais aussi sur les freins qui perdurent dans un secteur agricole qui les a très longtemps assignées à la place de femme de...

Les trois femmes que j'ai choisies pour Paludiers... au féminin vivent ou ont vécu leur métier à trois moments clés de l'histoire des marais. Dominique fait partie des gens venus d'ailleurs qui ont rejoint la lutte pour s'opposer à la rocade de la Baule : vingt ans dans les années 1970, militante écolo et féministe, bien décidée à prendre toute sa place aux côtés de jeunes chevelus progressistes, qui avaient compris que le monde ne changerait pas sans l'égalité entre les hommes et les femmes. Véronique, au contraire, est issue d'une longue lignée de paludiers. Mais elle n'a pas craint de choisir un métier soi-disant masculin par essence, profitant d'un allégement des outils et de la mise en place d'une formation de paludier à la fin des années 1980, au moment où la profession s'organisait en se rassemblant au sein d'une coopérative. Morgane, elle, s'est installée il y a une dizaine d'années, à une période beaucoup plus favorable, où les professionnel·le·s du sel vivent bien de leur métier, mais où la raréfaction du foncier peut faire ressurgir de vieux archaïsmes.


Avez-vous observé des différences dans la pratique du métier entre les hommes et les femmes ?

Pas particulièrement. Mais Morgane et Véronique disent qu'elles compensent leur moindre capacité physique par de la technique, non sans rappeler que les hommes paludiers ne sont pas tous des forces de la nature, et connaissent aussi les difficultés liées à un travail physique.

Vous avez plusieurs films à votre actif sur le thème des marais, du sel, de l’eau. D’où vous vient cet attachement ou cette fascination ?

La découverte des marais salants alors que j'étais jeune adulte m'a littéralement fascinée. J'ai grandi Sud Loire et passé une bonne partie de mon enfance au bord de l'estuaire mais je ne connaissais pas la côte Nord Loire. J'ai pris une claque et j'ai surtout rencontré un paludier conteur qui m'a transmis son amour du marais et donné l'envie de raconter ce paysage dans un film. Réaliser Une vie saline, c'était tenter de mettre en image par les moyens du cinéma la dimension poétique du personnage dans un décor naturel, fragile et magnifique. C'est un fait : chaque fois que je passe une journée dans ces marais, je suis soufflée par la beauté du site, quelles que soient les conditions météorologiques. Même sous un ciel chargé, en plein hiver, il y a des lumières magnifiques : camaïeu de gris dans les salines, nuages noirs plombés à l'approche d'un grain passager, puis des percées de soleil qui dorent soudain le paysage. Installée dans l'agglomération nantaise, j'y retourne très souvent. Mais j'ai quand même mis presque 30 ans avant de revenir tourner dans les marais. Un peu de la beauté du monde se terminait sur les risques de submersion marine liées au dérèglement climatique. Puis j'ai eu la chance de monter le film Françoise d'Eaubonne, une épopée écoféministe de Manon Aubel qui m'a permis de mettre les mains dans les archives des années 1970 où les premiers écologistes annonçaient ce qu'on traverse aujourd'hui. Nous y sommes et nous n'agissons toujours pas. Donc il y a eu pour moi une nouvelle urgence à raconter. Mes derniers films étaient résolument tournés vers des sujets liés au réchauffement climatique, et vers celles et ceux qui refusent un monde où, en un moins d'un semestre, on a déjà consommé toutes les ressources annuelles que la terre nous donne, et qui se mobilisent pour trouver des solutions alternatives en remettant en cause un système économique qui nous mène dans le mur.

BIOGRAPHIE

Sophie Averty

portrait de Sophie Averty

Comblée par son métier de monteuse de documentaires et de courts métrages, Sophie Averty ne passe à la réalisation que ponctuellement, attendant une forme de nécessité ou d'urgence à raconter. Elle se dit d'abord portée par l'envie de partager ses rencontres avec des personnages dont les engagements la touchent : des gens qui se battent pour les plus faibles ou pour le bien commun. Son premier film, Une vie saline, a été primé au Cinéma du réel et au Festival de court métrage de Clermont-Ferrand en 1993. On n'est pas des machines, réalisé en 2008 a été primé au festival Filmer le travail et Cause commune, le film qu'elle a réalisé en 2013, a été Coup de cœur du Mois du doc en Bretagne et sélectionné dans une dizaine de festivals. Elle revient huit ans plus tard avec, Un peu de la beauté du monde, revient sur les années de lutte de paysans et néo-ruraux s'opposant à un projet de rocade.

REVUE DES MÉDIAS

Profession : artisan·e·s

FRANCE 3 BRETAGNE 🎬 (2019-3') >>> Des livres aux marais salants, la reconversion de Bleuenn. Depuis un an, Bleuenn Puill-Stéphan se forme au métier de paludière. À Mesquer, dans le pays de Guérande, elle a repris d’anciens marais salants laissés à l’abandon, qu’elle restaure en vue de produire du sel prochainement. Un changement de vie marqué, loin de son ancien métier de documentaliste-bibliothécaire.

FRANCE CULTURE 🎧 (14 ép.) >>> Série de podcasts. Les métiers de l'alimentation. Paludier, éleveuse, maraîcher, fermière, vigneronne, boucher-restaurateur… Qui sont celles et ceux qui produisent les aliments que nous consommons au quotidien ? Comment s’organise leur travail et à quoi ressemble leur vie de tous les jours ? À travers des rencontres, partez à la découverte de professionnel·les de l’alimentation, de leurs métiers et du sens qu’ils leur donnent.

FRANCE INFO 📝 (2024) >>> Témoignages : Les paludières ne se sont pas arrêtées à leur genre. Elles se sont battues pour faire bouger les choses. 15% des exploitations de sel à Guérande sont, aujourd'hui, dirigées par des femmes. Le témoignage de trois paludières est au cœur du film documentaire Paludiers au féminin réalisé par Sophie Averty.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    réalisation Sophie Averty
    image Aurélie Piel et Élodie Ferré
    son Jérémie Halbert

    montage Katia Manceau
    mixage Vincent Texier
    musique Benjamin Jarry

    coproduction Mille et Une Films, France Télévisions, France 3 Bretagne
    avec la participation du CNC

    Artistes cités sur cette page

    Averty - portrait - Gabarit (1)

    Sophie Averty

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