Le grand BaZH.art #36
Le Grand BaZH.art #36
Le Grand BaZH.art #36
AR FURLUKIN
AR FURLUKIN
par Antoine Tracou
Ar Furlukin - le fou du roi en Breton - Bruno de son prénom, officie comme maître d’hôtel dans un restaurant rennais réputé, le Galopin. Le reste du temps Ar Furlukin, autrement nommé à Rennes M. Radis, se proclame spécialiste mondial de ce petit légume croquant.
Cette obsession pour le radis lui vient de la période de son service militaire en 1979. Il est en Grande Bretagne et cherche sa marotte de bouffon. Il se sent loin des rivages de Perros-Guirec là où il a grandi, loin de ses racines. Racines vient du latin Radix, d’où Radis !
Il va décliner le radis sous toutes sortes de formes : peintures, sculptures, street art, littérature. L'ambition n'est pas d'en dresser ici le catalogue, ses productions ne présentent pas toutes le même intérêt.
En 2017, il installe en quelques mois 1001 radis en polystyrène peints sur des façades d'immeubles, des maisons, des pignons de rues, en centre-ville et dans les quartiers périphériques. Il finance lui-même l'opération et en quelques semaines il fait le buzz. Une société de HLM va lui en commander une belle botte pour le quartier du Blosne à Rennes.
C'est tout autant Bruno, que Ar Furlukin, que je souhaite vous faire découvrir. Bruno, alias Ar Furlukin ou comment l'un nourrit l'autre. C'est cette double identité qui m'intéresse. Aucune sorte de schizophrénie chez lui mais une passion pour la cuisine et l'art avec pour point commun sa curiosité des autres. Aucune mégalomanie mais l'énergie contagieuse de son regard malicieux et de son verbe fleuri. Il a le sens de la formule. Je vais le laisser se raconter et évoquer ses rêves les plus fous. Il en a en réserve. C'est un homme à l'abri du désenchantement.
Cette folie douce totalement futile et donc absolument indispensable imprégnera ma façon de raconter cette histoire. Dévoiler un peu du Dr Jekyl des fourneaux pour le Mr Hyde toqué du radis.
LA VILAINE
LA VILAINE
par Jo Pinto Maïa
La Vilaine c'est le titre d'une nouvelle revue de BD, créé par un collectif d'une trentaine d'auteurs et illustrateurs. À l’origine, il y a quatre vilains auteurs, Lomig, Loic Gosset, Chloé Gwinner et Maryse Berthelot. Une envie commune : revenir aux années fanzine, créer une émulation, et redonner une place aux nombreux auteurs rennais qui ne trouvent pas de case pour s’exprimer. C’est ainsi qu’est née cette revue BD à plusieurs mains pour raconter des récits se déroulant à Rennes.
Vies de bistrots, promenade nocturne à l’Élaboratoire, mais aussi voyages à travers le temps ou univers fantastiques, les styles sont variés au fil des pages. Même si l’humour est massivement présent (avec des interludes spécial promotion immobilière ou kit du punk à chien), d’autres récits plus sensibles y trouvent également leur place.
Par la pluralité et la diversité des récits, des personnages, des rubriques et des styles, la revue, symbole d’un bouillonnement créatif, nous tient en haleine du début à la fin. Tantôt cynique, tantôt nostalgique, tantôt politique, tantôt humoristique, ou même tantôt tout à la fois, il est bien là, intact et vivace, étiré entre le milieu underground et l’univers start-up.
ENFANTS DE GUERRE DANS L'OUEST DE LA FRANCE
ENFANTS DE GUERRE DANS L'OUEST DE LA FRANCE
Dans cet épisode, Philippe Languille lit un extrait de :
Les enfants de la guerre dans l'ouest de la France d'Isabelle Le Boulanger, paru aux éditions Locus Solus.
Résumé du livre ↓ :
Conçus pendant la Seconde Guerre mondiale, les enfants de guerre doivent leur appellation aux circonstances. La rencontre de leurs géniteurs n'aurait jamais eu lieu si ce conflit n'était pas survenu. Ils sont le fruit d'une relation intime entre une Française et un soldat allemand ou un prisonnier français et une Allemande.
La guerre n'empêche pas les histoires d'amour.
En revanche, leur naissance non désirée est vécue comme un traumatisme, elle s'entoure de honte, d'opprobre et d'ostracisme social. Rien d'étonnant à ce que ces enfants portent longtemps le sentiment d'être coupable d'être nés.
Mes enfants de guerre souffrent de se sentir différents, de n'être pas aimés pour ce qu'ils sont et de subir le poids de leur origine. Être l'enfant du malheur est une infirmité lourde à porter qui leur procure une indicible douleur. S'ils n'ont pas connu les mauvais traitements physiques, la plupart ont souffert à minima de carences affectives ou/et de mauvais traitements psychologiques. Au-delà de la diversité des itinéraires, ils ont dû se construire à travers les figures de la mère fautive, du père absent dont ils ignorent tout, leurs questions demeurant toujours sans réponse, et du sentiment de leur propre rejet. Tous ont dû s'adapter à un tuteur plus ou moins bienveillant à leur égard, le pire étant d'être considéré enfant de boche au sein de sa propre famille. Quoi qu'ils fassent, ils restent durablement la preuve de la faute maternelle. Pourtant, ils sont les symboles de l'innocence, au même titre que tous les enfants.

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