Lucien Pouëdras, le bocage pour mémoire
03/06/2027
Voilà bientôt 60 ans que Lucien Pouëdras peint les paysages de son enfance à Languidic dans le Morbihan. Il n’a jamais appris à peindre. C’est à Paris qu’il a saisi sur 460 toiles le passage des saisons dans les villages de son enfance. Il s’est appliqué à montrer le moindre détail et les couleurs d’un monde disparu avant que le rouleau compresseur du remembrement ne détruise tout.
Il fallait saisir la façon dont cette œuvre unique s’élabore, entrer dans les toiles, retourner dans les lieux qui les ont inspirées et recueillir le témoignage de l’artiste. Le film de Serge Steyer offre une occasion unique de pénétrer dans l’atelier de Lucien Pouëdras et de découvrir l’étrange alchimie qui lui permet de faire vivre un monde ignoré. Il n’y a pas une seule photographie en couleur qui saisisse l’étonnante mosaïque des landes, des bois, des prairies, des ruisseaux, des cultures qui constituaient les campagnes jusque dans les années 1950.
Serge Steyer a su composer une œuvre attentive, simple et riche qui reste fidèle à l’univers de l’artiste. Comme la peinture de Lucien Pouëdras, le film nous touche au plus profond avant d’inviter à la réflexion sur l’étonnante harmonie qui présidait à la vie partagée des hommes, des plantes et des bêtes.
LUCIEN POUËDRAS, LE BOCAGE POUR MÉMOIRE
LUCIEN POUËDRAS, LE BOCAGE POUR MÉMOIRE
de Serge Steyer (2026 - 52')
En 1960, quand Lucien Pouëdras rentre d’Algérie, les bulldozers ont détruit le territoire de son enfance, dans l’arrière-pays de Lorient. De ce démembrement traumatique va naître une œuvre qui raconte la vie dans le bocage au fil des saisons. Près de cinq cents toiles dans lesquelles il se dépeint, enfant, en compagnie de ses parents, de ses frères et sœurs, et des voisins avec lesquels la vie et les travaux se partagent.
Lucien Pouëdras, le bocage pour mémoire nous plonge dans le récit de ce qui fut un art de vivre en autosuffisance, entre rudesse et joies simples, en harmonie avec la nature.
>>> un film produit par Sylvie PLUNIAN, Les Films de la pluie et Milana CHRISTICH, Ana films
〝Je suis un peintre naïf parce que je ne sais pas faire autrement, je n’ai jamais appris. Mais je sais que mes tableaux sont justes comme ils sont.〞
Renaissance du paysage
Renaissance du paysage
Le réalisateur Serge Steyer raconte ce qui le relie à Lucien Pouëdras, ce qu’il voulait transmettre de l’expérience singulière du peintre.
Pour commencer, il y a une parenté entre mon activité de documentariste et son travail que je qualifierais volontiers de peinture documentaire. Nous partageons cette idée que la connaissance est fondée sur la compréhension du réel. Saisir la vie comme elle va, considérer le quotidien des gens comme matière à récits, et que ce quotidien, loin d’être banal, touche à des questions fondamentales.
Pouëdras me renvoie à mes longs séjours chez mes grands-parents qui vivaient dans la campagne alsacienne. Ce fut pour moi un apprentissage marquant, car ils se nourrissaient principalement de leurs potager, verger, poulailler, clapier, pigeonnier… et je me devais de participer à l’effort quotidien de production. Montagnes de pommes, quetsches, mirabelles, poires… qui finissaient en tartes, confitures, eaux de vie que nous savourions tout au long de l’année. Mon attachement à la simplicité volontaire, à la sobriété heureuse, s’est imposé au fil de mon cheminement intellectuel : contre le système ultralibéral qui crée des interdépendances à l’échelle mondiale, qui suscite une hypermobilité des hommes et des marchandises, et nécessite de gagner de l’argent pour accéder à des biens qui souvent sont loin d’être essentiels.
Je n’ai pas d’emblée été happé par les toiles de Lucien Pouëdras, c’est sa faconde qui m’a embarqué. En l’écoutant un jour à l’écomusée de Saint-Dégan dans le Morbihan, je me suis senti comme aspiré à l’intérieur des situations représentées, ses tableaux prenant soudain une dimension insoupçonnée. Quand j’ai compris que ses toiles étaient d’abord un remède face à la laideur du monde, je les ai trouvées touchantes, et justes sur le plan esthétique. Comme le dit l’historienne et conservatrice Françoise Terret-Daniel : Pouëdras souhaitait dresser l’inventaire d’un monde perdu mais il a fait surgir de sa mémoire une vision poétique et lyrique de la nature. Il nous propose une renaissance du paysage.
Lucien Pouëdras
Lucien Pouëdras
Lucien Pouëdras naît le 31 janvier 1937 à Languidic dans le Morbihan. Jusqu'en 1960, il demeure dans la ferme de ses parents, dans un village de quatre exploitations. C’est alors que survient le remembrement qui détruit entièrement le paysage bocager et son mode de vie. En 1964, il séjourne à Lausanne pour ses études de gestion d'entreprises. Il découvre la ville… En 1968, il s'installe à Paris en qualité de conseiller d'entreprises et fonde une famille de trois enfants. Il se met à la peinture en 1970, à force de vouloir retrouver les lieux, l'atmosphère de ses jeunes années. En 2005, il cesse son activité professionnelle et se consacre entièrement à la peinture. À ce jour, il a peint plus de 460 toiles et sculpté plusieurs centaines d’oiseaux car Lucien Pouëdras vit, même au cœur de Paris, en étroite connexion avec les oiseaux.
Serge Steyer
Serge Steyer
Serge Steyer est un réalisateur et auteur réputé pour ses documentaires explorant des sujets variés avec une approche humaniste et contemplative.
Originaire de Strasbourg, il commence sa carrière au milieu des années 1980. Sa filmographie compte aujourd'hui plus de quarante films, dont de nombreux documentaires primés. Les films de Serge Steyer couvrent un large éventail de thématiques, allant de l’écologie pratique à la genèse de spectacles, en passant par les portraits d’intellectuels et d’artistes. Il coréalise avec Stéphane Manchematin un film acclamé - Suzanne jour après jour - qui suit le quotidien d'une femme âgée vivant une simplicité heureuse dans une ferme isolée des Vosges. Leur film précédent, L’Esprit des lieux, connaît un succès international et a été couronné Œuvre audiovisuelle de l’année 2O2O, grand prix de la Scam.
Parallèlement, Serge Steyer crée en 2015 le média culturel en ligne KuB [KulturBretagne] qu’il dirige pendant 8 ans, poursuivant ainsi son engagement pour la diffusion de contenus artistiques et de documentaires de qualité.
Pouëdras, l'expo !
Pouëdras, l'expo !
Lucien Pouëdras - La mémoire du peintre
Du 8 mai au 27 septembre 2026, le Domaine départemental de la Roche-Jagu consacre une exposition majeure dédiée au peintre Lucien Pouëdras. Cette exposition met en lumière plus de 124 œuvres originales, dont une grande partie de ses toiles réalisées depuis 2018. Elle donne également à entendre des commentaires sonores de l’artiste, précieux témoin de la vie rurale en Bretagne avant le remembrement d’après-guerre.
Histoire de divisions
Histoire de divisions
FRANCE CULTURE 🎧 (2024-25’) >>> Questions du soir, par Quentin Lafay. Le remembrement, une division des terres et des êtres. Après la Seconde guerre mondiale, la France a connu un remembrement de ses terres, au profit d'une agriculture productiviste. Peu documentée, cette politique a profondément transformé les paysages et divisé les villages. Quelles sont les conséquences réelles de cette politique ?
L'OUEST EN MEMOIRE 🎬 (1965-5') >>> Le remembrement à Plumelec. Cinq ans après que sa commune a engagé le remembrement, le maire de Plumelec fait le point. Le bilan est positif, le remembrement facilite l'exploitation et permet de meilleurs rendements. À Saint-Allouestre, en revanche il a été refusé.
ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DU FINISTÈRE 📝 >>> Le remembrement des terres agricoles.
UNIDIVERS 📝 (2026) >>> Du 8 mai au 27 septembre 2026, le Domaine départemental de la Roche-Jagu (Ploëzal, Côtes-d’Armor) consacre une exposition d’ampleur à Lucien Pouëdras, figure singulière de la peinture bretonne.

4 juin 2026 13:21 - Mokaddem Djemel
Une belle réalisation, qui cerne un témoignage plaisant, d'un peintre naïf, mais surtout d'un enfant fils de paysan breton qui ont vécu les terribles mutations des paysages et modes de vie dues aux remembrements.